Cette affection commence à être de plus en
plus en plus connue dans les pays occidentaux.
Lors de son apparition, voilà trente ans environ,
elle a été pour la grande majorité du corps
médical une affection " poubelle " qu'on attribuait
volontiers à un problème psychiatrique à prédominance
féminine.
Comment en effet prendre au sérieux quelqu'un
qui paraît en excellente santé, qui est souriant,
bien portant et qui passe son temps à se plaindre
d'un mal invisible qui le ronge ? Comment croire
quelqu'un qui affirme deux mois durant ne plus
pouvoir marcher à cause d'une douleur en vrille
sous le pied droit, qui en guérit comme par
enchantement, puis qui se plaint avec autant
d'insistance de son genou gauche dans les mois
suivants ? Comment croire quelqu'un qui ne souffre
qu'en travaillant et qui n'est soulagé que par
le repos ? Comment croire quelqu'un qui semblerait
vouloir démontrer à son médecin que son arsenal
diagnostic n'est pas en mesure de diagnostiquer
son mal ? Comment croire un conjoint qui se
dérobe à toutes ses tâches en prétextant être
atteint d'un mal invisible ? Comment croire
un mari qui ne veut plus travailler, une épouse
qui ne veut rien faire dans son foyer ou qui
prétend ne plus pouvoir sortir ou veiller ?
Parce qu'ils ne pouvaient pas se faire entendre,
parce qu'ils ont compris qu'on ne pouvait pas
les croire, ils se sont regroupés en associations
de malades.
Ils ont commencé par s'écouter mutuellement,
ils ont découvert qu'ils n'étaient pas seuls
à souffrir de fibromyalgie et se sont rassurés
sur leur état mental. Pendant longtemps ils
ont pensé qu'ils étaient fous puisque rien ni
personne ne pouvait percevoir leur mal. Et c'est
ainsi qu'ils ont pu se faire entendre et qu'ils
ont pu faire reconnaître leur maladie.
La Maladie de la Fatigue Chronique a été reconnue
officiellement le 16 juillet 98 par la Grande
Bretagne, tandis que les États-Unis d'Amérique
l'ont ajoutée à la liste des maladies infectieuses
nouvelles récurrentes et résistantes aux médicaments.
L'OMS a reconnu la fibromyalgie en 1992 et la
fait figurer dans la liste ICO-10 comme M790-rhumatisme
non spécifié. Depuis août 1992, la déclaration
de Copenhague a reconnu l'authenticité de la
fibromyalgie Elle est considérée comme pathologie
prise en charge dans les structures de " lutte
contre la douleur chronique rebelle " (circulaire
DGS/DH N°98-47 du 4 février1998 - Direction
générale de la Santé). Il a fallu définir cliniquement
cette maladie pour n'importe quel médecin puisse
porter un tel diagnostic. C'est au Collège Américain
de Rhumatologie (ACR) qu'on doit la première
description clinique officielle de la maladie.
Ce Collège a estimé en 1990 que tout fibromyalgique
pouvait porter sur son corps jusqu'à 18 points
douloureux à la palpation. Lorsque 11 de ces
18 points sont douloureux à la pression, le
sujet a, selon l'ACR, 88% de chances d'être
un fibromyalgique. Depuis que l'existence de
cette affection est mondialement reconnue, les
médecins cherchent à en comprendre la cause
et à trouver la molécule miracle ou le gène
responsable. Mais à ce jour aucun traitement
n'a pu assurer une guérison. Le plus souvent
le fibromyalgique devient dépendant d'une ou
plusieurs thérapies sans être véritablement
soulagé. A force de chercher, on s'est finalement
rendu compte que " tout le monde peut en être
atteint hommes, femmes adolescents, enfants,
personnes âgées. La prévalence est identique
en Pologne ou en Grande Bretagne " (Mac Cain
1996). On s'est aussi aperçu que les douleurs
invalidantes n'ont rien de " rhumatismes ",
parce qu'elles gardent l'aspect migratoire et
unilatéral, caractéristique de la fibromyalgie.
Comment les malades décrivent leurs souffrances.
Les plus fréquents motifs de consultation sont
des douleurs et un épuisement au moindre effort.
En fait, le médecin s'aperçoit très vite que
ces patients sont atteints d'une foule de symptômes
apparemment sans lien. Ils ont mal partout,
à la tête, au dos, aux membres. Ils n'arrivent
plus à faire des gestes qu'ils avaient l'habitude
de faire ; pour certains c'est la marche qui
est devenue pénible, pour d'autres monter un
escalier devient une véritable expédition. La
ménagère dira qu'elle ne peut plus porter ses
sacs, soulever une chaise ou lever les bras.
Le sportif dira qu'il a été obligé d'arrêter
ses activités ou qu'il ne peut les continuer
qu'à la seule condition d'être sous antalgiques.
D'autres diront qu'ils sont obligés de faire
une heure de stretching par jour, tant ils sentent
que leurs muscles sont tendus, spasmés. Le pianiste
dira qu'il est épuisé au bout d'une heure de
piano, alors qu'il avait pour habitude de jouer
6 heures par jour.
Ils dorment mal, ne récupèrent pas pendant le
sommeil, se sentent fatigués dés le réveil.
Très souvent ces premiers signes masquent un
cortège impressionnant de symptômes. Ils ont
l'impression d'avoir toujours l'esprit dans
le brouillard, d'avoir de la peine pour se concentrer
ou pour trouver le mot juste. L'oreille leur
semble bouchée, ils entendent moins bien, et
sont envahis d'acouphènes, voient moins bien,
ont des vertiges avec l'impression d'être un
peu ivre lorsqu'ils marchent. Leur gorge pique,
racle, leurs amygdales sont enflammées. Ils
avalent souvent de travers et font quelques
apnées du sommeil qui les amène à dormir avec
plusieurs coussins sous leur tête.
À force d'entendre que leurs examens sont normaux,
qu'ils sont juste stressés, qu'ils en font trop
et qu'il leur faut quelques anxiolytiques, ils
finissent par se demander s'ils ne sont pas
en train de devenir fous ou s'ils ne sont pas
atteints d'un cancer tellement si grave que
personne n'ose leur avouer. C'est ainsi qu'ils
aggravent l'état anxio-dépressif, de plus en
plus anxieux et déprimés caractéristique de
leur affection. Troubles de l'idéation, humeur
changeante, idées suicidaires, crises de spasmophilie
et douleurs thoraciques précordiales nous incitent
à tort à penser que leur maladie est dans la
tête. Cette idée est confortée par la normalité
de tous les examens qu'on peut leur faire subir.
Rien n'est visible à la radio ou au scanner,
rien ne se détecte aux examens de laboratoire
actuels. Médicalement, rien ne valide officiellement
les doléances de ces patients dont les dires
sont contradictoires et changeants : leurs fameuses
douleurs sont migratrices, cervicales le lundi,
lombaires le vendredi, brachiales le dimanche.
Continuant à souffrir, le fibromyalgique retourne
souvent chez son médecin, puis fait le tour
des spécialistes dans l'espoir d'être enfin
soulagé. Rien n'est stable dans leur plainte,
en janvier ils consultent l'ORL pour une oreille
bouchée, en février ils consultent pour un syndrome
de canal carpien. En mars ils consultent le
dentiste pour des douleurs dentaires ou articulaires
inexpliquées. En avril, ils se retrouvent allergiques
à tout, au moindre allergène, au moindre stimulus.
En juin, ils demandent des tranquillisants à
leur médecin, en septembre ils ont besoin d'un
arrêt de travail. En octobre, ils prennent rendez-vous
chez l'ophtalmologiste pour une paupière qui
saute ou pour une violente douleur rétro-orbitaire
ou pour une baisse subite de la vue.
Les traitements ostéopathiques sont tous
efficaces mais les résultats ne durent pas.
Le corps se tord à nouveau sur le bassin, le
rachis ou le crâne. Les récidives se font dans
l'espace d'une semaine minimum à trois mois
maximum. Leur budget santé est impressionnant
au point que le nombre croissant de ces malades
commence à déstabiliser l'équilibre financier
des caisses maladies. Ils sont souvent accusés
de nomadisme médical, et leurs médecins, pour
peu qu'ils soient compréhensifs et attentifs
à leur souffrance, sont accusé d'être complaisants.
S'il n'est déjà pas facile pour un médecin de
comprendre une affection invisible, cela l'est
encore moins lorsqu'il faut faire admettre à
un gestionnaire de caisse maladie ou devant
un tribunal l'existence de quelque chose d'impalpable.
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